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Plume-pudding

Gastronomie

11 janvier 2007 4 11 /01 /janvier /2007 14:28
Vers dix heures, on entendit le bruit de la voiture de Leurs Majestés qui rentraient.
Tout était prêt, et, en courant au-devant de ses augustes maîtres, Weber s'écria :
- Servez le roi.
Le roi, la reine, Madame Royale, le dauphin, Madame Elisabeth et Andrée entrèrent.
M. de Provence était retourné au château du Luxembourg.
Le roi jeta avec inquiétude les yeux de tous côtés ; mais, en entrant dans le salon, il vit, par une porte entrouverte et donnant sur une galerie, le souper préparé au bout de cette galerie.
En même temps la porte s'ouvrit, et un huissier parut, disant :
- Le roi est servi.
- Oh ! que ce Weber est un homme de ressources ! dit le roi avec une exclamation de joie. Madame, vous lui direz de ma part que je suis très content de lui.
- Je n'y manquerai pas, sire, dit la reine.
Et, avec un soupir qui répondait à l'exclamation du roi, elle entra dans la salle à manger.
Les couverts du roi, de la reine, de Madame Royale, du dauphin et de Madame Elisabeth étaient mis.
Il n'y avait point de couvert pour Andrée.
Le roi, pressé par la faim, n'avait point remarqué cette omission, qui, du reste, n'avait rien de blessant, puisqu'elle était faite selon les lois de la plus stricte étiquette.
Mais la reine, à qui rien n'échappait, s'en aperçut au premier coup d'oeil.
- Le roi permettra que la comtesse de Charny soupe avec nous, dit la reine, n'est-ce pas, sire. ?
- Comment donc ! s'écria le roi, aujourd'hui nous dînons en famille, et la comtesse est de la famille.
- Sire, dit la comtesse, est-ce un ordre que le roi me donne ?
Le roi regarda la comtesse avec étonnement.
- Non, madame, dit-il, c'est une prière que le roi vous fait.
- En ce cas, dit la comtesse, je prie le roi de m'excuser, mais je n'ai pas faim.
- Comment ! vous n'avez pas faim ? s'écria le roi, qui ne comprenait pas que l'on n'eût point faim à dix heures du soir, après une journée aussi fatigante, et quand on n'avait pas mangé depuis dix heures du matin, heure à laquelle on avait si mal mangé.
- Non, sire, dit Andrée.
- Ni moi, dit la reine.
- Ni moi, dit Madame Elisabeth.
- Oh ! vous avez tort, madame, dit le roi ; du bon état de l'estomac dépend le bon état du reste du corps, et même de l'esprit ; il y a là-dessus une fable de Tite-Live, imitée par Shakespeare et par La Fontaine, que je vous invite à méditer.
- Nous la savons, monsieur, dit la reine. C'est une fable qui fut dite un jour de révolution par le vieux Menenius au peuple romain. Ce jour là, le peuple romain était révolté, comme l'est aujourd'hui le peuple français. Vous avez donc raison, sire, oui, cette fable est tout à fait de circonstance.
- Eh bien, dit le roi en tendant son assiette pour qu'on lui servît une seconde fois du potage, sa similitude historique vous décide-t-elle, comtesse ?
- Non, sire, et je suis vraiment honteuse de dire à Votre Majesté que, lorsque je voudrais lui obéir, je ne le pourrais pas.
- Vous avez tort, comtesse, ce potage est vraiment parfait ! pourquoi est-ce la première fois qu'on m'en sert un pareil ?
- Mais parce que vous avez un cuisinier nouveau, sire, celui de la comtesse de La Marck, dont nous occupons les appartements.
- Je le retiens pour mon service, et désire qu'il fasse partie de ma maison... Ce Weber est vraiment un homme miraculeux, madame !

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