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Plume-pudding

Gastronomie

11 janvier 2007 4 11 /01 /janvier /2007 14:38
Aussi y a-t-il dans le monde entier peu de pays aussi pauvres et aussi malheureux que la Sicile.
De cette pauvreté, absence d'art, de littérature, de commerce, et par conséquent de civilisation.
J'ai dit quelque part, je ne sais plus trop où, qu'en Sicile ce n'étaient point les aubergistes qui nourrissaient les voyageurs, mais bien au contraire les voyageurs qui nourrissaient les aubergistes. Cet axiome, qui au premier abord peut paraître paradoxal, est cependant l'exacte vérité : les voyageurs mangent ce qu'ils apportent, et les aubergistes se nourrissent des restes.
Il en résulte qu'une des branches les moins avancées de la civilisation sicilienne est certainement la cuisine. On ne voudrait pas croire ce que l'on vous fait manger dans les meilleurs hôtels sous le nom de mets honorables et connus, mais auxquels l'objet servi ne ressemble en rien, du moins pour le goût. J'avais vu à la porte d'une boutique du boudin noir, et en rentrant à l'hôtel j'en avais demandé pour le lendemain. On me l'apporta paré de la mine la plus appétissante, quoique son odeur ne correspondit nullement à celle à laquelle je m'attendais. Comme j'avais déjà une certaine habitude des surprises culinaires qui vous attendent en Sicile à chaque coup de fourchette, je ne goûtai à mon boudin que du bout des dents. Bien m'en prit : si j'avais mordu dans une bouchée entière, je me serais cru empoisonné. J'appelai le maître d'hôtel.
- Comment appelez-vous cela ? lui demandai-je en lui montrant l'objet qui venait de me causer une si profonde déception.
- Du boudin, me répondit-il.
- Vous en êtes sûr ?
- Parfaitement sûr.
- Mais avec quoi fait-on le boudin à Palerme ?
- Avec quoi ? pardieu ! avec du sang de cochon, du chocolat et des concombres.
Je savais ce que je voulais savoir, et je n'avais pas besoin d'en demander davantage.
Je présume que les Palermitains auront entendu parler un jour par quelque voyageur français d'un certain mets qu'on appelait du boudin, et que ne sachant comment se procurer des renseignements sur une combinaison si compliquée, ils en auront fait venir un dessin de Paris.
C'est d'après ce dessin qu'on aura composé le boudin qui se mange aujourd'hui à Palerme.
Une des grandes prétentions des Siciliens, c'est la beauté et l'excellence de leurs fruits ; cependant les seuls fruits supérieurs qu'on trouve en Sicile sont les oranges, les figues et les grenades ; les autres ne sont point même mangeables. Malheureusement les Siciliens ont sur ce point une réponse on ne peut plus plausible aux plaintes des voyageurs ; ils vous montrent le malheureux passage de leur histoire où il est raconté que Narsès a attiré les Lombards en Italie en leur envoyant des fruits de Sicile. Comme c'est imprimé dans un livre, on n'a rien à dire, sinon que les fruits siciliens étaient plus beaux à cette époque qu'ils ne le sont aujourd'hui, ou que les Lombards n'avaient jamais mangé que des pommes à cidre.

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