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Plume-pudding

Gastronomie

11 janvier 2007 4 11 /01 /janvier /2007 14:57
Nous nous inclinâmes, sir John et moi.
- Quelle bonne fortune vous amène ? demanda Teleki.
- J'ai appris, dit sir John, que Garibaldi était à Milan, et je suis venu tout exprès de Florence pour lui serrer la main ; or, comme je ne puis partir que demain matin pour Fino, j'ai eu l'idée de venir passer ma soirée avec vous.
- Bonne idée ! Vous soupez avec nous ?
- Volontiers.
Nous nous mîmes à table.
On soupa comme on soupe en Italie, c'est-à-dire abominablement.
Dieu garde tout homme qui a l'honneur d'être gourmand, des auberges d'Italie, fût-ce des meilleures.
J'aime mieux l'Espagne, j'aime mieux le Caucase,
où il faut tout apporter avec soi ; mais où l'on est libre d'accommoder ce qu'on apporte à la façon qu'il vous plaît de le manger.
En Italie, ne comptez pas sur cette licence. L'Italie, sous prétexte qu'elle fournit des cuisiniers à l'Espagne, croit avoir une cuisine.
Or, à part le macaroni, la polenta et le risotto, je défie que l'on me cite, de Domo-d'Ossola au cap Spartivento, un plat qui soit mangeable.
En France, plus on a faim, plus on voit arriver l'heure du dîner avec satisfaction.
En Italie, plus on a faim, plus on voit arriver l'heure du dîner avec terreur.
Que dire de mangeurs qui, pour donner un goût quelconque à leur bouillon, ont imaginé d'y mettre du fromage ?
Il était si simple d'y mettre de la viande et de garder le fromage pour le dessert.
En Russie, je parle des grandes villes, vous pouvez demander indifféremment des poires, des pêches, des cerises, des fraises et des ananas ; tous les fruits poussés en serre ont le même goût.
Ce n'est pas un goût désagréable, ils sentent tout simplement l'eau.
L'été, cela ne flatte pas le palais, mais cela dispense de boire.
En Italie, il en est des viandes comme il en est des fruits en Russie ; vous pouvez demander du rosbif, du poulet, du veau, de la bécasse, du chevreuil ou du mouton ; c'est toujours le même goût.
Si l'on pouvait descendre dans une cuisine d'auberge italienne, on découvrirait une chose, c'est que toutes les viandes destinées à être bouillies, rôties et grillées, cuisent dans le même chaudron.
Selon les exigences des voyageurs, on les tire de ce chaudron pour les mettre, les unes sur le gril, les autres à la broche, les autres à la poêle.
Aussi, l'on se garde bien de laisser descendre les voyageurs jusqu'à la cuisine.
La cuisine est mieux gardée en Italie que ne le sont les jardins d'Armide dans la Jérusalem délivrée.
Partout j'ai obtenu du maître de l'hôtel de faire de temps en temps un plat à la braise de son réchaud, ou à la flamme de sa cheminée.
En Italie, jamais.
Il faut se résigner à cesser de manger en quittant Marseille, et à ne recommencer à manger qu'au delà du pont de Beauvoisin.

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