En ce moment, la porte s'ouvrit, et deux paysans apportèrent une table toute servie, où fumaient une soupe aux choux et un morceau de lard ; un énorme pot de cidre qui venait d'être tiré à la pièce, débordait et moussait entre deux verres.
Quelques galettes de sarrasin étaient destinées à faire le dessert de ce modeste repas.
La table portait deux couverts.
– Vous le voyez, monsieur de Montrevel, dit Cadoudal, mes gars espèrent que vous me ferez l'honneur de souper avec moi.
– Et, sur ma foi, ils n'ont pas tort ; je vous le demanderais si vous ne m'invitiez pas, et je tâcherais de vous en prendre de force ma part, si vous me la refusiez.
– Alors à table !
Le jeune colonel s'assit gaiement.
– Pardon pour le repas que je vous offre, dit Cadoudal ; je n'ai point comme vos généraux des indemnités de campagne, et ce sont mes soldats qui me nourrissent. Qu'as-tu à nous donner avec cela, Brise-Bleu ?
– Une fricassée de poulet, général.
– Voilà le menu de votre dîner monsieur de Montrevel.
– C'est un festin ! Maintenant, je n'ai qu'une crainte, général.
– Laquelle ?
– Cela ira très bien, tant que nous mangerons ; mais quand il s'agira de boire ?...
– Vous n'aimez pas le cidre ? Ah ! diable, vous m'embarrassez. Du cidre ou de l'eau, voilà ma cave.