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Plume-pudding

Gastronomie

11 janvier 2007 4 11 /01 /janvier /2007 14:43
Dix minutes après, son guide était de retour.
-Si vous voulez descendre à la cuisine, dit le Sicilien, vous êtes libre.
-Oui, che le feux. Où est-delle la guisine?
-Venez.

Le comte suivit de nouveau son guide, qui le conduisit dans les cuisines du couvent. La broche était garnie, tous les fourneaux étaient allumés, et des casseroles bouillaient partout.
-Pon, dit l'Allemand s'arrêtant sur la dernière marche, et embrassant d'un coup d'oeil ce spectacle succulent; pon, il baraît que che ne suis bas tompé chour de cheûne. Ponchour, guisinier, ponchour.

Le cuisinier était prévenu; il reçut en conséquence le comte avec toute la déférence qu'il devait à un gourmet. Le comte en profita pour aller lever le couvercle de toutes les casseroles et goûter à toutes les sauces. Tout à coup il s'élança sur le cuisinier qui allait verser du sel dans une omelette, et lui arracha des mains le vase où étaient les oeufs.
-Eh pien! eh pien! Qu'est-ce que tu fais donc? s'écria le comte.
-Comment, qu'est-ce que je fais? demanda le cuisinier.
-Foui, qu'est-ce que tu fais? je te le temante.
-Je mets du sel dans l'omelette.
-Mais, malheureux, on ne met bas de sel dans l'omelede. On met du sugre et des confidures, de ponnes confidures de croseilles.
-Allons donc, reprit le cuisinier en essayant de lui arracher le vase des mains.
-Non bas! non bas! dit le comte, c'est moi qui la ferai l'omelede; tonne-moi tes confidures.
-Ah! dit le cuisinier en s'échauffant, nous allons voir un peu qui est-ce qui est le maître ici.
-C'est moi! dit une voix forte; qu'y a-t-il?

Le comte et le cuisinier se retournèrent: un homme de quarante à quarante-cinq ans, vêtu d'une robe de moine, se tenait debout sur l'escalier; il était de haute taille et avait cette physionomie dure et impérieuse de ceux qui sont habitués à commander.
-Le capitaine! s'écria le cuisinier.
-Ah! dit le comte, c'est le cheneral, pon. Cheneral, continua-t-il en s'avançant vers le moine, che vous temante bardon, mais fous avez un guisinier qui ne sait bas faire les omeledes.
-Vous êtes le comte de Weder, monsieur? dit le moine en très bon français.
-Oui, ma cheneral, répondit le comte sans lâcher les oeufs ni la fourchette avec laquelle il s'apprêtait à les battre; che suis le gonde de Weter en bersonne.
-Alors c'est vous qui m'avez apporté la lettre de recommandation que m'a remise le frère portier?
-Moi-même.
-Soyez le bienvenu, monsieur le comte.

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